vendredi 29 janvier 2010
Finance Comportementale - Behavioural Finance - Une perspective d'innovation et de renouvèlement de gamme pour les gestions d'actif ?
Par aat, vendredi 29 janvier 2010 à 12:16 :: L'industrie financière
Depuis le Nobel d'économie 2002 de Kahneman et Smith, certains acteurs de marchés anglo-saxons ont commencé à intégrer la finance comportementale dans leurs pratiques. Cette intégration pourrait être une mode dans une industrie qui cherche de nouveaux repères dans une crise qui perdure. Asatys Consulting suit et utilise les principes de la finance comportementale qui ouvrent des perspective de renouvèlement de philosophie de gestion dans une industrie qui manque cruellement d'évolution sur ce thème. Industriellement et commercialement cela permet d'envisager de nouvelles lignes de produit innovantes, ce que recherche tout entrepreneur.
La finance comportementale est la prise en compte du facteur humain et boursier dans une industrie, qui sous l’effet des bull markets avait complètement fait l’impasse sur le sujet et tenté de mécaniser à outrance ses systèmes de décisions. Tant est qu’entre 1982 et 2008, le thème était : trouver une réponse au traitement de masse de batteries de portefeuilles dans des tendances apparemment immuables.
La finance comportementale peut être résumée de deux manières :
- Académiquement, il s’agit d’inclure le domaine de la psychologie (de foule et individuelle - avec l'expression des biais cognitifs et émotionnels qui en découlent) dans la prévision économico-financière.
La considération est que CAPM et EMH (Hypothèse des marchés efficients) sont trop loins de la réalité opérationnelle et obsolètes, ce que tentaient déjà de démontrer les praticiens de l’analyse multifactorielle depuis les années 90 (Analyse quantitative de corrélation entre facteurs affectant les prix)
- Pratiquement, il s’agit de considérer que l’économie et la finance sont bien des sciences « molles » (ou « floues ») et que l’on doit cesser de tenter de les faire tendre vers les sciences « dures » (Mathématiques, physique)
Sciences dures : a+b=c
Sciences floues classiques : a+b= x+e, sachant qu'il faut que e tende vers zéro
Sciences floues”comportementales”: a+b= x+z, sachant qu'il faut que z existe
En termes d’outils, les théoriciens remettent en cause la VaR (Value at Risk), après l’avoir opposée à l’utilisation de la loi normale, tout ceci au profit par exemple des lois stables. Ces dernières intégrant mieux l’existence de l’exception.
Exemple de l’évolution : l’analyse multifactorielle définira un univers à partir de capitalisations minimales, l’analyse comportementale le définira à partir des liquidités moyennes et tentera de voir si par exemple le prix unitaire du titre définit une classe de liquidité (Les fameux « penny stocks australiens qui attirent une foule d’investisseurs..) En bref c’est la recherche de la réponse à « pourquoi le marché s’intéresse t’ il à tel ou tel titre », plutôt qu’à « quel est le prix théorique de l’asset ? »
Autre exemple, la « dictature du consensus » amène à une prise en compte tardive des retournements de conjoncture par les investisseurs (Effet Enron, effet Alcatel, effet Lehman..), des hedges se sont montés pour exploiter ce style de retard (Fuller and Thaler Asset Management).
L’impact probable sur l’évolution du métier de la gestion est l’intégration des données « boursières » dans l’évaluation des cours : flux, contraintes mécaniques, contraintes psychologiques, etc.
Cette intégration va à l’encontre des modèles de type grid et se rapproche plus du core and satellite, voire plutôt de ce que l’on pourrait appeler du « satellite » pur. (Gestion absolue, ce qui finalement était l’état de l’art il y a vingt ans, la différence étant que les sociétés de gestion sont industrialisées, elles permettent donc au gérant de se concentrer sur l’acte de gestion là ou jadis il devait également faire la compta, la recherche, le trading, etc...)
Le gérant, dans un modèle de finance comportementale ne peut plus justifier d’un style growth ou value, il doit raisonner en opportunité, arbitrage, Money Management (MM : Gestion active des poches de sous-performance) et environnement perpétuellement incertain. Le savoir faire du gérant individuel revient au premier plan. (La question peut-être : quels gérants sont aujourd’hui formatés pour répondre à cette évolution ?)
Dans l’évolution des hedge funds, on commence à voir des hedges « directionnels », ces nouveaux fonds présentent une menace directe aux gestions actives classiques, car elles semblent déjà intégrer ces méthodes de travail et sont plus à même de pouvoir donner des réponses aux clients qui recherchent autre chose que de l’indiciel plus ou moins tilté, ce qui est devenu le produit standard des gros asset managers.
Il est intéressant de noter que la « Behavioural Finance » est assez proche des idées et techniques de Peter Lynch (Voire de Georges Soros).

